Ce travail est présenté sous forme d’une vidéo de 9min 30. Il s’agit d’un diaporama constitué d’une soixantaine de photographies, accompagnées d’une voix off.

La voix pourrait être la mienne, mais il n’en n’est rien.
L’histoire pourrait être une autobiographie, mais tout n’est qu’amas de réminiscences, empruntées çà et là, pour construire une histoire, un individu fait de mémoire et d’autres individus.
La voix doit se souvenir, il le faut, quoiqu’il advienne, «ce n’est pas possible autrement», quitte à se tromper, inventer, recréer une vie toute entière, peu importe, c’est une nécessité, il faut exister et avoir existé à tout prix.

Tout ou presque est alors passé devant le petit appareil en plastique Instamatic - conçu pour créer du souvenir - pour construire cette biographie, cette histoire inventée faite d’images de proches, parents, amis, chiens, chats ou connaissances, pour exister encore et en être sûre, pour se consoler à-peu-près complètement et résister contre cette petite mort qu’est l’oubli.

« Quelquefois je suis vide pendant très longtemps.Tout s’efface, alors j’invente.
(silence)
Il y eu une époque où je me souviens ne pas avoir existé. Il y avait mon frère, ça je m’en souviens, il avait trois ans, plus vieux, il existait et moi je n’existais pas. C’est très étrange à vivre, de ne pas exister, lui oui, moi non. Si tout va bien, je mourrais après lui, si on fait le calcul, et il doit se souvenir de plus de choses que moi, il est plus vieux, c’est dans l’ordre des choses. Il faudra bien en finir, de tous ces souvenirs souvenus et retournés sans arrêt, de toutes ces têtes.
(silence)
De toutes ces têtes.
(silence)
Toutes ces têtes seront pareilles, un jour où l’autre, ce n’est pas possible autrement, elles finiront pareilles, vidées d’avoir oublié.
(silence)
Je parle de ces têtes qui continuent mon histoire, qui me prouvent, celles qui se souviendront de moi à ma place, quand je n’aurai plus assez de bouche et de souffle pour dire je. »

[Extrait de la bande sonore/voix off- -Texte de Céline Clanet - lu par Mathilde Petri]